La Belle Histoire - Extraits

Drôle d'histoire, dit-elle.

Drôle de nuit, dit-il.

Une nuit de juillet où pourtant il fait jour.

C'est vrai qu'il est cinq heures.

Comme Paris lointain, un paysan s'éveille.

Dans la brousse, au Kenya, c'est un enfant qui naît, s'appellera Benoît car c'est le chant du jour.

Dans la Bosnie en guerre, une petite fille dans les bras de sa mère, s'envole avec les anges venus la rechercher.

En forêt les oiseaux volent bientôt chercher le petit déjeuner, les loirs vont se coucher.

En belle Brocéliande une femme et un homme (elle aime dire souvent : une fille, un garçon) glissent dans une tente. Sortie de la maison pour aller prendre l'air, l'a suivie le garçon sur un coup de tonnerre. Quelques heures plus tôt ils se disaient vous, les voilà qu'ils s'allongent et que leurs bras se prennent, ce sont leurs mains qui s'unissent, ce sont leurs corps qui s'étreignent, leurs lèvres qui se boivent.

S'il était un témoin, il verrait là sans doute les tendres rétrouvailles d'un couple fort ancien. Il ne s'agit pourtant que de deux inconnus. Drôle de nuit encore, lorsque l'union se fait sans qu'elle soit consommée.

Se tiennent par les yeux, par le cœur et se parlent, et leurs mots sont autant de messages joyeux comme attendus par l'autre. C'est ballet de feedback où tout est résonance, où l'on sait la réponse bien avant la question.

Il est midi déjà.

Qui ne comprennent pas ce qui vient d'arriver, une fille, un garçon, rejoignant la compagnie des fêtards fatigués.

Vont et viennent les trains dans la gare d'Avignon. Il en est de gentils, il en est de méchants. Celui-là est méchant qui emmène la fille si loin de Brocéliande. " Ils sont plus de deux mille, et je ne vois qu'eux deux. " Loin du quai ils s'enlacent. La vie est belle, dit-elle, avant de baptiser le chaton qu'il prendra bientôt dans sa maison. 

Passent cinq jours et nuits où longtemps ils se parlent par le fil qui chante. Ils sont si loin d'eux-mêmes et pourtant si présents qu'elle sent les câlins venir la caresser, que lui sent ses cheveux son visage effleurer.

Compte à rebours si long mais si plein d'émotions, si lourd mais imbibé de joie profonde et vraie. Puisqu'au soir du cinquième ils vont se re-trouver, que ce mot sonne bien la sensation tonnante qui sera leur bientôt.

C'est un très gentil train, un métro presque vide, une petite marche allongée cependant car, comme de coutume, il a d'abord choisi la direction opposée.

Quatre étages montés lentement, doucement, chaque marche ôte un peu de cette gravité qui interdit à l'homme de pouvoir s'envoler. La musique connue se glisse sous la porte. Il savoure encore une, deux, puis trois secondes. L'air est rouge écarlate mêlé de bleu profond. Jamais ne se trouva devant plus belle porte.

Chut. Plus rien ne bouge. La terre tient son souffle, attentive et curieuse, complice et respectueuse. Il frappe doucement. Elle ouvre grand la porte.

Robe longue d'été, très sage mais montrant les merveilleuses courbes d'un corps tant désiré. Aucun mot prononcé. Corps enlacés se parlent, se serrent à s'étouffer, se relâchent, se resserrent, une respiration si pleine d'harmonie qu'elle lui semble pareille à celle des étoiles.

Il est vrai qu'il se envoie auprès d'elle propulsée hors du temps, de l'espace. Il verrait, d'un seul coup, quelque météorite traversant la maison qu'il n'en serait pas étonnamment surpris. Il est une dizaine de minutes qui sont plus fortes à l'âme que dizaines de lunes.

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