Le Chant de Notre-Dame  Extraits

Depuis bientôt trois lunes, le jeune homme marchait.

Dix fois, cent fois il voulu renoncer.

Dix fois, cent fois la voix de l'homme en blanc l'avait poussé à continuer.

  « Va-t'en là où le vent fait chanter Notre Dame, lorsque naîtra l'enfant qui comblera ton âme. Lors, la magie des mots coulera de tes doigts comme aux fonds baptismaux l'eau pure nous ondoie " .

Où était le soleil en ce jour gris d'automne ? En guise de baptême, les grands eaux d'eau glacée qu'il recevait du ciel le faisaient beaucoup plus ressembler à quelque méduse échouée sur la plage qu'au pèlerin de l'art qu'il voulait posséder.

Car en lui le jeune homme portait un rêve, comme une femme porte un enfant de l'amour. Mais son enfant à lui, il refusait de naître. Les mots qu'il écrivait à longueur de nuitées ne satisfaisaient pas son désir de beauté.

  " Le talent, c'est avoir envie de faire les choses. " , disait celui qu'il admirait. Et dans son cœur trop grand pour lui, le jeune homme écoutait la voix qui répétait : " Personne, petit homme, personne n'a plus que toi l'envie de féconder les pages blanches des enfants-mots que tu leur veux donner " .

Mais son envie, pourtant, jamais ne parvenait à ces subtils moments que la plume connaît, lorsque les mots du cœur ont tant besoin de vivre qu'ils chavirent de bonheur comme des bateaux ivres et se couchent tout seuls sur la feuille attentive, comme fleurs de tilleul sur la terre captive.

C'est dans une forêt de chênes et de bleuets qu'il avait rencontré l'homme en blanc qui priait.

Ayant ouvert son âme à l'ancêtre blanchi, le druide avait prédit ce qui allait venir. Et le jeune homme était parti en quête de ce lieu où Notre Dame chante aux caresses du vent.

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