
Sandrine - Extraits

Et le temps a passé, et elle n'est pas venue,
Cette lettre espérée que j'ai tant attendue.
L'été bientôt mourra, le bleu, teinté de noir,
Lugubre, enfantera l'hiver des désespoirs.
Bientôt soixante jours passés en souvenirs,
Bientôt soixante nuits à rêver d'un sourire.
Et la laideuse emplit lentement ma maison,
Et voici que des plis me déchirent le front.
Le silence est venu étouffer cet oiseau,
En mon cœur il s'est tue, c'est la nuit des corbeaux.
Il a commencé sa vie, pourtant il a péri
En prononçant ton nom : château de l'Empéri,
Puisqu'un soir de juillet, en ton sein tu portas
Cette fleur de bleuet qui ne fleurira pas.
Elle te faisait beau, la belle ballerine,
Aujourd'hui ton drapeau dissimule tes ruines,
Et la rime s'enfuit de mes doigts malhabiles
Comme s'enfuit l'esprit retrouver son exil.
Elle ne connaîtra pas, tendre muse adorée,
Ces mots qu'à son oreille j'aurais murmuré :
Tu m'apprendras Béjart, je t'apprendrai Verlaine,
De la danse et des arts tu seras souveraine,
Je construirai pour toi des murailles de Chine
Et des palais de soie, une maison divine
Où la danse sera à chaque instant présente,
Et mille petits lutins, mille étoiles filantes
Du soir jusqu'au matin danseront avec toi
Tous les tours et les pas que tu leur apprendras.
Alors, la grande aiguille du temps s'arrêtera,
Ni chien, chat ou chenille, plus rien ne bruissera,
Le battement du cœur qui te contemplera
Rythmeront le bonheur qui nous transcendera.
Mais tous ces mots sont morts, avant que prononcés,
Les premiers, tristes sortes, ont été ignorés.
Le troubadour ému est aujourd'hui déçu,
Les fées n'ont pas voulu que je sois entendu.